"Je ne suis pas féministe mais humaniste." Really?

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Peut-être avez-vous déjà entendu la phrase «je ne suis pas féministe mais humaniste » sans vraiment savoir quoi répondre. En effet, pourquoi être féministe quand on est déjà humaniste ? Est-ce qu’être humaniste veut dire défendre le droit de tous les humains quel que soit leur genre ? Dans ce cas ne vaut-il mieux pas, en effet, être humaniste ?

Dans cet article, je tâcherai d’apporter une réponse à ces questions. On verra d’une part que cette phrase est philosophiquement incohérente et que d’autre part elle est problématique. Pour se faire, il faudra définir précisément ce que sont l’humanisme et le féminisme. Après cela, il sera plus facile de comprendre pourquoi être humaniste n’empêche pas d’être féministe. Et bien au contraire, il apparaîtra essentiel d’être féministe en plus d’être humaniste.

Être féministe.

D’après le dictionnaire Larousse, être féministe c’est préconiser l’égalité entre les hommes et femmes. C’est ainsi promouvoir leur rôle aussi bien dans la société que dans la vie privée. Par ailleurs, on parle des féminismes car il y en a plusieurs branches. Mais toutes s’accordent sur un objectif : abolir les inégalités entre les sexes.

Cependant, que veut dire quelqu’un qui se dit ne pas être féministe mais humaniste ? Surement pense-t-il préconiser l’égalité entre tous les humains et défendre leur droit quel que soit leur genre. Cela semble assez cohérent mais pourtant… Afin de comprendre vraiment tout l’enjeu de cette phrase comprenons d’abord ce qu’est l’humanisme.

Être humaniste.

Qu’est-ce que « l’humanisme » ? L’humanisme est d’une part un mouvement intellectuel qui se développe à la Renaissance en  Europe et qui vise l’épanouissement de l’humain. D’autre part, c’est une doctrine philosophique qui pose l’homme comme valeur centrale. L’humanisme considère la tolérance comme une des plus hautes vertus morales. Ce mouvement sera ainsi à l’origine du développement des idées des Lumières. Et ces idées, comme on le sait, aboutissent à la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Ainsi l’humanisme est le terreau de la philosophie des lumières. Cependant, ce n’est pas un mouvement qui a pour but de promouvoir l’égalité en droit de tous les humains. Se dire humaniste c’est avant tout penser que les humains sont libres de leurs actes. C’est vouloir qu’ils ne soient plus assujettis à une quelconque puissance extérieure : religieuse ou politique. C’est finalement penser qu’ils ont leur destin en main. Les humanistes promeuvent le développement intellectuel, moral et culturel de tout être humain.  Leurs moyens d’émancipation sont, de ce fait, l’acquisition de la connaissance et l’usage de la raison.

Être humaniste ou féministe.

Ainsi, être humaniste n’empêche pas d’être féministe. En effet, l’humanisme fait plutôt référence à la liberté des êtres humains et à leur émancipation envers tout autorité. Le féminisme, quant à lui, promeut l’égalité de ces derniers, et pour ce faire, défend le droit des femmes.

Cependant la personne qui dit « je ne suis pas féministe mais humaniste » n’utilise pas le terme « humaniste » dans son sens philosophique. Elle ne pense pas promouvoir l’émancipation et la liberté de tout être humain. Cette personne, en réalité, s’oppose au féminisme en défendant le droit et l’égalité entre tous les êtres humains sans distinction de genre plutôt que celui des femmes précisément. Mais à cette personne je lui répondrai que le combat féministe reste essentiel. Laissez-moi vous expliquer pourquoi.

Être humaniste et féministe.

Il faut comprendre les discriminations sexistes dont sont victimes les femmes pour combattre les violences qu’elles subissent. En effet, quand un mari est violent avec sa femme, on peut s’y opposer car on est contre les violences de manières générales. Cependant, on peut aussi s’y opposer car on est contre le sexisme et les violences faites aux femmes. Seulement, dans la première situation, on ne distingue pas les genres et on ne soulève pas le caractère sexiste de la situation. On met donc sous silence les discriminations spécifiques dont sont victimes les femmes.

Cependant, si on tient à faire reculer le sexisme, le racisme, ou encore l’homophobie, il faut comprendre ce que ces discriminations ont de spécifique. Il faut les nommer. C’est en nommant les choses qu’on sait qu’elles existent. Et c’est en sachant qu’elles existent qu’on peut les combattre. Si on est simplement contre la violence de manière générale, on ignore l’existence de ces discriminations. Il devient alors bien plus difficile de les combattre. La couleur de peau, la classe sociale, le genre ou encore l’orientation sexuelle sont des caractéristiques à l’origine de discriminations. Ainsi, on ne peut pas être traité.es et défendu.es de la même manière. On ne part pas avec le même sac à dos de vie, certain.es sont privilégié.es, d’autres pas.

Il est important de défendre le droit de tous les humains et de lutter contre les injustices sociales. Cependant, cela ne peut se faire sans distinguer certains groupes de la société au risque de laisser prospérer certaines discriminations. Si le mouvement féministe n’avait jamais eu lieu, la place des femmes dans la société n’aurait sûrement pas autant évoluée. Pourtant il existe de nombreuses personnes qui luttent contre les inégalités sociales…

Être humaniste et défendre le droit de tous les êtres humains ainsi que leur égalité sont de très nobles causes. Il reste cependant essentiel de connaître les discriminations inhérentes à notre société afin de parvenir pleinement à lutter contre ces inégalités sociales.

 

Fanny Couteller

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