Domination
La domination est une notion centrale en sciences sociales. Ces dernières comprennent la domination comme un processus social.
Le terme « domination » désigne alors un rapport de pouvoir qui s’installe dans le temps et qui organise la société de manière inégale.
Il ne s’agit pas seulement d’un comportement individuel, comme lorsqu’une personne en écrase une autre dans une relation. Ni même d’un évènement isolé.
De plus, la domination est un phénomène collectif. Elle influence les règles, les habitudes, les institutions, les représentations et même ce qui paraît normal ou naturel dans une société.
De quoi parle-t-on exactement ?
Concrètement, il y a domination lorsqu’un groupe bénéficie davantage de pouvoir, de crédibilité, de liberté ou de sécurité qu’un autre groupe, et que cette situation se répète de manière durable.
Ce pouvoir ne passe pas toujours par la force directe ou par des ordres explicites. Il peut être beaucoup plus discret.
Il se manifeste, par exemple, dans le fait que certaines personnes sont plus écoutées, davantage protégées, mieux représentées ou considérées comme plus légitimes que d’autres.
C’est pour cela que la domination est souvent difficile à voir : quand elle dure depuis longtemps, elle finit par sembler normale, voire naturelle.
Une domination systémique
Dans de nombreux cas, la domination est systémique.
Cela signifie que l’inégalité n’est pas seulement produite par quelques individus malveillants. Elle est aussi inscrite dans le fonctionnement ordinaire de la société. Elle est intégrée dans les structures mêmes de la société : dans les institutions, les lois, l’organisation du travail, l’éducation ou les représentations culturelles.
Prenons un exemple simple. Dans beaucoup de pays, les hommes occupent encore la majorité des postes de pouvoir : chefs d’entreprise, responsables politiques, dirigeants d’institutions.
Mais, si les hommes sont encore largement majoritaires dans de nombreux lieux de pouvoir politique, économique ou médiatique, ce n’est pas un simple hasard ni la conséquence de choix purement individuels.
Cela s’explique aussi par un système historique qui s’appuie sur une longue histoire de répartition inégale du pouvoir, des ressources et de la reconnaissance.
On observe des mécanismes comparables dans d’autres domaines. Le racisme systémique, par exemple, ne se limite pas à des insultes ou à des attitudes racistes. Il se manifeste aussi par des inégalités dans l’accès à l’emploi, au logement ou aux responsabilités.
De la même manière, les discriminations envers les personnes LGBTQIA+ ne se résument pas à des opinions individuelles. En revanche, elles sont renforcées par des normes sociales, des politiques publiques ou des représentations culturelles.
Il s’agit donc de mécanismes sociaux qui produisent des désavantages répétés pour certaines personnes et des avantages pour d’autres.
Une domination invisible
Parce que ces mécanismes sont anciens et présents dans de nombreux aspects de la vie sociale, ils peuvent paraître naturels ou inévitables. Pourtant, ils résultent de rapports de pouvoir historiques. Ils ont été construits par des décisions politiques, des institutions et des normes sociales. Ils peuvent donc évoluer et être transformés.
Dans ce contexte, les sciences sociales parlent souvent de groupes dominants et de groupes dominés. Les groupes dominants désignent ceux qui disposent le plus souvent du pouvoir économique, politique ou symbolique. Les groupes dominés, eux, subissent plus fréquemment des inégalités ou des discriminations.
Par exemple, dans de nombreuses sociétés, les hommes disposent en moyenne de plus de pouvoir que les femmes. On parle alors de patriarcat.
Les personnes perçues comme blanches bénéficient souvent d’avantages sociaux ou institutionnels par rapport aux personnes racisées. Cela renvoie au racisme systémique.
Les personnes hétérosexuelles bénéficient également de normes sociales qui rendent leur orientation invisible et considérée comme la norme. Or, cela désavantage les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans ou queer.
Une responsabilité collective et non individuelle
Parler de domination n’implique pas d’accuser individuellement chaque personne qui appartient à un groupe social d’agir volontairement pour dominer.
On sait bien que tous les hommes ne dominent pas volontairement et violemment toutes les femmes.
En revanche, analyser les relations de domination, cela permet d’observer que certaines positions sociales sont, de manière générale, plus favorisées que d’autres. Et que tous les membres d’un groupe dominant bénéficient des privilèges de ce groupe, qu’importe l’intention individuelle de chacun.e.
Par ailleurs, une personne peut subir plusieurs formes de domination à la fois, ou au contraire bénéficier de certains privilèges tout en étant discriminée sur d’autres plans. On parle alors d’intersectionnalité.
Une femme blanche, par exemple, peut subir le sexisme tout en bénéficiant d’avantages liés à sa blancheur. Cette réalité rappelle que les rapports de pouvoir sont complexes et qu’ils se croisent souvent.
La domination patriarcale
Dans une perspective féministe, parler de domination permet de mieux comprendre le patriarcat.
Ainsi, le patriarcat est un système social dans lequel le pouvoir est historiquement organisé au bénéfice des hommes, en particulier des hommes conformes aux normes dominantes.
Cela a des effets très concrets. En effet, les femmes sont davantage exposées à certaines violences. De plus, leur parole est plus facilement mise en doute et leur travail est moins reconnu. Sans oublier qu’elles supportent plus souvent la charge domestique, éducative ou émotionnelle.
Là encore, il ne s’agit pas seulement d’initiatives individuelles, mais d’un ordre social qui continue à produire des inégalités.
L’importance de comprendre la notion de domination
Comprendre ces mécanismes de domination est essentiel. Car nommer la domination permet de la rendre visible et de mieux comprendre comment certaines inégalités se reproduisent dans la société.
Cela permet de nommer ce qui, sinon, reste flou ou invisible. Quand une personne pense que ce qu’elle vit est un problème personnel, alors qu’il s’agit en réalité d’un mécanisme social plus large, elle risque de se croire seule ou responsable. Mettre des mots sur la domination permet au contraire de comprendre que certaines injustices ne relèvent pas d’un échec individuel, mais d’un rapport de pouvoir.
Reconnaître ces rapports de pouvoir est donc souvent la première étape pour pouvoir agir, se défendre, créer des solidarités et transformer les institutions. En effet, la domination n’est pas une fatalité. Elle n’a rien de naturel ni d’inévitable. Et si elle a été construite dans l’histoire, elle peut aussi être remise en question, contestée, déconstruite et transformée.
Mettre en lumière ces mécanismes, c’est ouvrir la possibilité d’une société plus égalitaire : une société dans laquelle personne ne serait systématiquement désavantagé.e en raison de son sexe ou de son genre, de sa couleur de peau, de son orientation sexuelle ou d’autres caractéristiques personnelles. En rendant visibles les rapports de pouvoir, on donne des outils pour comprendre les inégalités et pour lutter contre elles.
La lutte contre les dominations est donc indissociable de la recherche d’une égalité réelle. Car parler de domination, c’est parler de justice, d’égalité réelle et de changement social.
Miriam Ben Jattou
Références juridiques
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