Rapport d'activités 2025
Comme le montre le rapport d’activités, en 2025, Femmes de Droit a poursuivi son travail de terrain, d’analyse et de plaidoyer. Ainsi, l’association a continué à écouter les réalités vécues, à nommer les violences et à rendre le droit plus accessible.
Cette année a été dense. Elle a été marquée par la précarisation du secteur associatif, la surcharge des équipes, les reculs politiques et la persistance des violences sexistes et sexuelles.
Pourtant, Femmes de Droit a maintenu ses actions. Elle a même renforcé plusieurs chantiers essentiels grâce à l’engagement de ses salariées, bénévoles, stagiaires et partenaires.
Ainsi, 2025 confirme le rôle de Femmes de Droit : une association féministe, rigoureuse sur le droit, ancrée dans le réel et tournée vers l’émancipation.
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Une année pour écouter, outiller et transformer
En 2025, Femmes de Droit a continué à agir à l’intersection du droit, du terrain et du politique.
L’association part d’un constat simple : le droit existe, mais il protège encore trop mal. Il reste difficile à comprendre. Il peut aussi produire de la violence lorsqu’il ne tient pas compte des rapports de pouvoir.
Face à cela, Femmes de Droit poursuit une mission claire : rendre les droits effectifs pour les femmes et les minorités, en particulier face aux violences sexistes et sexuelles, aux discriminations et aux défaillances institutionnelles.
L’association ne cherche donc pas seulement à accompagner les personnes dans un système défaillant. Elle cherche aussi à questionner ce système, à le transformer et, lorsque c’est nécessaire, à le bousculer.
Les constats principaux de 2025
Les situations rencontrées en 2025 confirment des tendances lourdes.
D’abord, les violences sexistes et sexuelles restent massives. Elles sont encore trop souvent banalisées, minimisées ou mal prises en charge.
Ensuite, le droit reste peu lisible pour les personnes concernées. Les règles sont complexes. Les procédures sont longues. Les décisions sont parfois incompréhensibles.
De plus, les parcours judiciaires peuvent devenir violents en eux-mêmes. Le dépôt de plainte, les classements sans suite, les auditions, les expertises ou les délais peuvent renforcer le sentiment d’abandon.
Enfin, les réponses institutionnelles restent fragmentées. Selon le lieu, l’institution ou les moyens disponibles, les personnes ne sont pas protégées de la même manière.
Ces constats montrent une réalité importante : les problèmes ne sont pas seulement individuels. Ils sont structurels.
Les chiffres clés de l’année 2025
En 2025, Femmes de Droit a notamment :
- traité des centaines de demandes juridiques par mail, téléphone ou en présentiel ;
- assuré 12 permanences juridiques à la Maison des Femmes de Schaerbeek ;
- participé à plusieurs coalitions et réseaux aux niveaux régional, fédéral, européen et international ;
- pris part à des dizaines de réunions, webinaires, journées d’étude et événements ;
- poursuivi son travail avec une équipe majoritairement bénévole ;
- renforcé ses outils internes, sa gestion documentaire et son système de management ;
- porté des constats de terrain dans plusieurs espaces institutionnels et politiques.
Derrière ces chiffres, il y a des personnes. Et derrière ces personnes, il y a souvent un système qui n’a pas protégé comme il aurait dû.
Informer et outiller : rendre le droit compréhensible
Le premier axe de travail de Femmes de Droit reste l’information juridique.
En 2025, l’association a continué à vulgariser le droit sur des sujets sensibles : violences sexuelles, inceste, secret professionnel, droits des victimes, responsabilité de l’État et violences institutionnelles.
Elle a aussi partagé son expertise dans des journées d’étude, des webinaires et des espaces de réflexion féministes.
Par ailleurs, Femmes de Droit a analysé des plans d’action, des rapports officiels et des documents institutionnels. Cette analyse permet de repérer les angles morts des politiques publiques.
Grâce à ce travail, l’association produit des outils de compréhension. Elle rend le droit plus accessible. Elle permet aussi aux personnes concernées et aux professionnel.les de mieux identifier les leviers d’action.
Soutenir et orienter : ne pas laisser les personnes seules face au système
Le deuxième axe concerne le soutien juridique.
En 2025, Femmes de Droit a accueilli, soutenu et orienté des personnes confrontées à des violences ou à des discriminations.
Ce soutien permet de mieux comprendre les droits, les options possibles et les limites du système. Il aide aussi les personnes à décider avec plus de clarté.
Cependant, ce travail reste lourd. Il demande du temps, de l’écoute et une forte disponibilité émotionnelle. Il révèle aussi les dysfonctionnements du système judiciaire et social.
Pour cette raison, l’association souligne une tension importante : le soutien juridique de première ligne est indispensable, mais il ne peut pas reposer indéfiniment sur une équipe sous-financée et majoritairement bénévole.
Agir pour des changements structurels
Le troisième axe concerne le plaidoyer et les changements structurels.
En 2025, Femmes de Droit a participé à plusieurs coalitions, comités et espaces stratégiques. L’association s’est notamment investie sur les enjeux liés à la justice pénale, à la santé, à l’inceste, aux violences sexistes et sexuelles et aux politiques publiques.
Ainsi, elle a contribué à l’évaluation de politiques publiques. Elle a participé à la formulation de recommandations. Et elle a aussi produit un travail juridique de fond, notamment à partir de jurisprudences, de rapports et d’analyses comparées.
Parmi les moments marquants, Femmes de Droit a également porté des constats de terrain lors d’une rencontre avec le Roi, à l’initiative de SAFE Brussels.
Ces actions montrent que le plaidoyer féministe demande de la rigueur, du temps et une stratégie claire. Il ne suffit pas de dénoncer. Il faut aussi documenter, argumenter et construire des alliances.
Faire vivre l’association : consolider pour durer
Le quatrième axe concerne le fonctionnement interne.
En 2025, Femmes de Droit a investi beaucoup d’énergie dans sa structuration. Ce travail est moins visible que les actions publiques, mais il est essentiel.
L’association a avancé dans la mise en place d’un système de management inspiré des normes de qualité. Elle a clarifié ses commissions, ses rôles et ses procédures. Elle a aussi renforcé ses outils collaboratifs et sa gestion documentaire.
Ce travail vise plusieurs objectifs : mieux transmettre les savoirs, réduire la dépendance à quelques personnes clés, clarifier les responsabilités et prévenir l’épuisement.
Car prendre soin de l’association, c’est aussi prendre soin de la lutte.
Des productions juridiques et politiques à forte valeur ajoutée
En 2025, Femmes de Droit a produit ou contribué à produire plusieurs contenus juridiques et politiques.
L’association a notamment travaillé sur :
- des analyses de jurisprudences belges et européennes ;
- la responsabilité des États en matière de violences sexistes et sexuelles ;
- l’analyse de plans d’action nationaux et de rapports institutionnels ;
- des recommandations à destination de professionnel.les ;
- des contributions à des travaux collectifs ;
- des interventions lors de journées d’étude, conférences et événements publics.
Ces productions renforcent la place de Femmes de Droit comme actrice de référence. Elles permettent aussi de transformer l’expérience de terrain en savoirs utiles pour les luttes féministes.
Des collaborations et partenariats structurants
Femmes de Droit ne travaille pas seule.
En 2025, l’association a collaboré avec de nombreuses structures, dont l’Université des Femmes, des coalitions féministes et intersectorielles, des associations juridiques, sociales et militantes, ainsi que des plateformes institutionnelles.
Ces collaborations ont permis de croiser les expertises. Elles ont aussi renforcé la légitimité des constats portés.
Cependant, l’année 2025 a aussi montré que les coalitions doivent être structurées avec soin. Sans cadre clair, elles peuvent générer de la surcharge, des tensions et des rapports de pouvoir difficiles à réguler.
Ainsi, Femmes de Droit retient une leçon importante : les alliances sont nécessaires, mais elles doivent rester soutenables.
Une montée en compétence collective
Malgré les difficultés, plusieurs éléments ont très bien fonctionné en 2025.
L’équipe a renforcé ses compétences, notamment sur les enjeux pénaux, institutionnels et politiques. Elle a aussi produit des analyses solides, reconnues par différents partenaires.
Les bénévoles et stagiaires ont joué un rôle essentiel. Leur engagement a permis de maintenir de nombreuses actions, souvent dans l’ombre.
Enfin, l’association a conservé une forte cohérence politique. Elle assume son approche féministe, située, collective et critique du droit.
Des limites à nommer clairement
L’année 2025 a aussi confirmé plusieurs limites.
La charge de travail est restée très élevée. Certaines personnes ont porté une part disproportionnée des responsabilités. Certaines collaborations externes ont également généré des tensions.
Par ailleurs, le manque de financements structurels continue de fragiliser l’association. Il limite la capacité à planifier sur le long terme. Il augmente aussi le risque d’épuisement militant et professionnel.
Nommer ces limites n’est pas un échec. C’est une condition pour agir avec lucidité.
Une gestion financière rigoureuse, mais sous tension
En 2025, Femmes de Droit a enregistré :
- 148 257,54 € de dépenses ;
- 128 702,68 € de recettes ;
- soit un déficit d’environ 19 500 €.
Ce déficit ne traduit pas une mauvaise gestion. Il reflète plutôt un déséquilibre entre l’ampleur des besoins, l’intensité du travail réalisé et les moyens disponibles.
Les ressources humaines représentent plus de 72 % des dépenses. Cela montre que l’argent sert d’abord à financer du travail qualifié : écouter, soutenir, analyser, former, coordonner et produire des savoirs.
Les recettes restent principalement issues des subsides publics. Les dons, prestations facturées, ventes du livre Le Secret et cotisations complètent ces revenus.
Ce modèle doit donc être renforcé. L’objectif n’est pas de culpabiliser l’association, mais de reconnaître qu’un travail féministe sérieux exige des moyens durables.
Recommandations et demandes
Le rapport 2025 formule plusieurs recommandations importantes.
Femmes de Droit appelle notamment à :
- garantir un accès effectif et égal au droit sur tout le territoire ;
- reconnaître et prévenir la violence institutionnelle ;
- renforcer la protection des femmes et des enfants face aux violences intrafamiliales et sexuelles ;
- investir durablement dans le tissu associatif féministe ;
- intégrer les savoirs de terrain dans les politiques publiques ;
- former massivement aux droits des femmes et à l’approche féministe du droit.
Ces recommandations reposent sur une idée simple : les violences faites aux femmes et aux enfants ne sont pas des accidents. Elles sont liées à des choix politiques, institutionnels et budgétaires. D’autres choix sont donc possibles.
Perspectives pour 2026
En 2026, Femmes de Droit souhaite continuer, consolider et transformer.
Plusieurs priorités se dégagent.
D’abord, l’association veut renforcer l’accessibilité et la qualité de l’information juridique. Ensuite, elle souhaite structurer davantage le soutien juridique de première ligne. Elle veut aussi poursuivre ses actions de plaidoyer et de changement structurel.
Par ailleurs, Femmes de Droit entend renforcer son système de management et sa qualité interne. L’association souhaite également développer l’Académie Femmes de Droit, avec une offre de formations en ligne et en présentiel.
Enfin, la diversification des sources de revenus reste une priorité. Elle passera notamment par le développement d’un catalogue de formations, des candidatures à des marchés publics et des appels à projets européens.
Conclusion : une année exigeante, mais profondément utile
Le rapport d’activités 2025 montre une association lucide, engagée et nécessaire.
Femmes de Droit a continué à soutenir les personnes confrontées aux violences. De plus, elle a produit des analyses juridiques solides. Elle a participé à des coalitions et à des espaces de plaidoyer. Et elle a aussi renforcé ses fondations internes pour mieux tenir dans la durée.
Mais cette année montre aussi une tension forte : les besoins augmentent, alors que les moyens restent insuffisants.
Pour cette raison, 2025 est une année de confirmation. Elle confirme l’utilité de Femmes de Droit. Elle confirme aussi la nécessité de protéger celles qui portent le travail.
Parce que les droits des femmes ne sont jamais acquis.
Parce que le droit peut être un outil d’émancipation.
Et parce qu’une lutte durable a besoin de soin, de temps et de moyens.