Universalisme

Universalisme

L’universalisme est une notion philosophique, religieuse, politique et juridique, selon laquelle chaque être humain né vivant et viable dispose d’un socle commun de valeurs, de droits, indépendamment de toute distinction sociale, raciale, sexuelle, religieuse… 

Il existe ainsi des droits attachés à l’humanité. 

Peut-il y avoir une norme commune pour l’ensemble de l’humanité ? 

Le texte fondateur pour la défense et la protection des droits universels, est la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) de 1948, établie par l’ONU. 

La DUDH

Ce texte a pour but de garantir à chacun.e la liberté, l’égalité et la dignité à travers la rédaction de 30 articles : 

  • Article 1er “Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.”
  • Article 2 “Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.”
  • Article 5 “Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.”

Ces premiers articles soulignent bel et bien le caractère universel des droits et libertés que possèdent les êtres humains. Aujourd’hui encore, cette déclaration constitue une base du droit international vis-à-vis des droits humains.

Des droits humains à portée universelle

De plus, il s’agit du texte juridique le plus traduit dans le monde et dont le nombre d’adoption prouve la volonté des États Membres (193) à promouvoir et défendre l’idée qu’il existe des droits humains inaliénables, interdépendants et universels. 

En effet, les droits humains sont : 

  • Inaliénables : personne ne peut être privé de ces droits, qui sont innés.
  • Interdépendants : tous ces droits sont liés et ont la même importance.
  • Universels : ils s’appliquent à tou.te.s, partout dans le monde.

La DUDH défend à la fois des droits civils, politiques, sociaux, économiques et culturels considérés comme inhérents à la condition humaine :

  • Liberté d’opinion ;
  • Liberté d’expression ;
  • Liberté d’association ;
  • Liberté de religion ;
  • Droit à la vie ;
  • Interdiction à toute forme de discrimination ;
  • Droit à l’éducation ;
  • Droit à des conditions de vie favorables ;
  • Droit au travail ;
  • etc.

Puis, afin de renforcer ce caractère universel des droits humains, différents chefs d’Etat ont contribué à rédiger la DUDH. Or, ces derniers partageaient différentes cultures et modes de vie. Cela a permis, par conséquent, de dépasser les frontières étatiques, culturelles et religieuses. 

Quel est le point d’origine de la DUDH ? 

En réponse aux évènements passés, à savoir les deux guerres mondiales, les Etats instituent l’Organisation des Nations Unies le 24 octobre 1945. Cette décision fait suite à la ratification de la Charte par la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’URSS et la majorité des autres pays signataires.

L’expression “Nations Unies” a émergé au cours de la Seconde Guerre mondiale. C’est le Président des États-Unis de l’époque, Franklin D. Roosevelt qui l’a suggérée. Elle fut utilisée pour la première fois le 1er janvier 1942 dans la Déclaration des Nations Unies.

Il s’agit d’un texte clef. En effet, 26 chefs d’État se sont engagés à défendre les forces Alliées (Grande Bretagne, Etats-Unis et l’Union soviétique) contre les forces de l’Axe (Allemagne, Italie et Japon).

Par la suite, les Etats élaborent la DUDH. Celle-ci vise à protéger un grand nombre de droits et de libertés bafoués durant les barbaries des deux guerres.

L’ONU l’adopte le 10 décembre 1948. Elle reconnaît ainsi les droits humains comme la base de la liberté, de la justice et de la paix.

Dès lors, le point d’origine de la DUDH est la volonté par les États du monde entier de ne plus jamais revivre les atrocités passées, de ne plus empiéter sur les droits fondamentaux de l’humanité et par la suite d’encadrer les conflits armés afin davantage protéger et sanctionner les atteintes aux droits et libertés. 

Est-elle encore aujourd’hui pertinente ?

Depuis son adoption en 1948, la vision globale a énormément évolué. Ainsi, de nouveaux enjeux géopolitiques sont mis sur le devant de la scène. De plus, les Etats élaborent de nouveaux modes de guerre. Sans oublier que de nouveaux États ont été créés. Les Nations Unies sont passées de 50 États membres à 193. Par principe, ces derniers ont adopté la DUDH. 

Certes, il demeure toujours aujourd’hui des violations faites aux droits et libertés défendus dans cette déclaration. Cependant, la DUDH sert d’inspiration juridique. Cela s’observe notamment à travers l’adoption de traités juridiquement contraignants relatifs aux droits humains qui relèvent tant du droit international que du droit national. 

Également, la prolongation de la DUDH ne passe pas seulement par les décisions des représentant.e.s des pays membres de l’ONU, mais passe notamment par différent.e.s acteurs et actrices non étatiques : entreprises, ONG (Greenpeace, Amnesty International, Oxfam…), lanceurs/lanceuses d’alerte (Edward Snowden, Antoine Deltour, Irène Frachon…), peuples (aborigènes, indigènes…) … 

Donc, la DUDH reste toujours pertinente. En effet, elle représente un texte clef dans l’avancement et la protection des droits humains. 

L’universalisme est-il critiquable ? 

L’universalisme est, en principe, une idéologie positive. En effet, elle soutient que chaque être humain dispose des mêmes droits et libertés.

Néanmoins, on peut la critiquer à la fois pour sa vision restreinte à un mode de vie particulier, pour son utilisation à des fins politiques, à des fins discriminatoires envers un groupe de personnes, par l’application de certaines réserves… 

L’universalisme, une vision occidentale

La conception des droits humains ne peut pas être la même en fonction des différences culturelles et sociales. 

En effet, chaque pays applique sa propre perception des droits humains. Par exemple, dans certaines sociétés, le poids de la religion est très présent et important. Dès lors, certains droits ne peuvent pas être légalisés, tel que le droit à l’avortement ou le mariage des homosexuel.le.s par exemple. 

Également, certains pays perçoivent la DUDH comme une propagande des pays occidentaux pour imposer leur mode de vie. Certain.e.s auteurs/autrices dénoncent alors les excès réalisés par l’Occident dans sa volonté d’imposer sa vision au reste du monde, et dans son discours généralement moralisateur dès lors qu’un État ne partage pas les mêmes idéaux.

Malgré, la bonne volonté des pays occidentaux d’évoluer dans un monde où la liberté prime, où les droits humains évoluent constamment vers une vision plus positive et pacifiste, il n’en demeure pas moins que ceux-ci n’ont pas la vérité absolue, et que certaines cultures ne puissent pas suivre les mêmes opinions. Cela tendrait alors vers un conformisme culturel. 

L’universalisme, à des fins contraires à son objectif : politique, colonisation, violation… 

En France, pendant longtemps, on a justifié la colonisation par l’idéologie universelle. En effet, au XIXe siècle, l’homme d’État français, Jules Ferry, estimait que la France détenait une mission civilisatrice. Par conséquent, elle devait permettre aux peuples dépourvus de civilisation d’y avoir accès. 

Cette pensée allait à l’encontre même du principe de l’universalisme. En effet, il était considéré que les peuples n’étaient pas égaux s’ils partageaient des coutumes différentes. Dès lors, par défaut, on considérait les “civilisés” comme supérieurs aux “non civilisés”.

Aujourd’hui encore, on utilise la notion d’universalisme à des fins politiques, et notamment de contestation.

La montée au pouvoir de l’extrême droite est présente sur le sol européen. Par exemple, Vladimir Poutine conteste la décadence et l’indulgence de l’Europe face aux valeurs traditionnelles, notamment en matière de mariage et d’orientation sexuelle. 

En outre, en Hongrie, depuis l’arrivée au pouvoir de Viktor Orbán, Premier ministre, en 2010, les droits protégés par l’Union européenne ne cessent d’être attaqués. Désormais, la Hongrie interdit, depuis l’entrée en vigueur du projet “une nouvelle ère illébérale”, les études de genre, l’inscription du changement de sexe à l’état civil et l’adoption par les couples d’homosexuel.le.s.

Puis, un grand nombre d’entreprises occidentales ou américaines qui touchent le domaine du textile (Zara, Ralph Lauren…), de l’agroalimentaire (Nestlé, Coca-Cola) violent tous les jours les droits humains : le droit à un travail décent, le droit de ne pas être soumis à de la torture ou toute forme d’esclavagisme, le droit à un salaire, le droit à un logement, le droit à la sécurité…

Universalisme et relativisme culturel 

Le relativisme culturel se définit comme “l’idée que toutes les croyances, coutumes et principes moraux sont relatifs au contexte social de la personne.[1]

En d’autres termes, la morale varie en fonction des cultures. Ainsi, ce qui est moral dans une société peut être immoral dans une autre. Il n’existe donc pas de norme morale universelle. Et personne n’est en mesure de juger les mœurs d’une autre société.

De ce fait, l’universalisme et le relativisme culturel sont deux notions généralement opposées. Mais, au-delà de la morale, il existe des droits et libertés considérés comme fondamentaux à la vie humaine. Et cela, sans considération des différences culturelles. 

Ainsi, les disparités de conditions sociales et culturelles des sociétés dans le monde sont à respecter, tout comme les droits humains. Dès lors, l’universalisme et le relativisme culturel doivent coexister afin d’évoluer dans un monde plus respectueux des droits humains.

Universalisme et féminisme 

Malgré la mise en lumière par certaines actrices féministes de l’usage raciste et colonialiste de l’universalisme, d’autres s’appuient sur cette valeur universelle pour faire valoir leurs droits. 

En Belgique, l’association féministe, le “GAMS”, dénonce les mutilations sexuelles faites aux femmes et vise à abolir ces tortures. L’objectif de ces pratiques est de prendre le contrôle sur le corps des femmes, et notamment de prendre le contrôle sur leur liberté de jouir pleinement de leur sexualité. 

Ces pratiques sont contraires au droit à une sexualité, à la liberté de disposer de son corps ainsi qu’au droit de ne pas être soumise à la torture ou autre pratique qui s’apparenterait à de la torture, qui sont des droits et libertés universels. 

Entre également dans les revendications féministes, la lutte contre l’homophobie, la lutte contre les violences sexuelles, conjugales, de genre, la sécurité dans les lieux publics, l’égalité salariale, le congé menstruel… Soit, toute cause alliant égalité et respect entre tous et toutes. 

Ainsi, universalisme et féminisme partagent un lien ambigu. De fait, certaines féministes dénoncent l’instrumentalisation de l’universalisme à des fins contraires à son objectif. Et en même temps utilisent l’universalisme comme une notion émancipatrice contre des situations d’oppressions.

Sur le plan universel, est-ce que certains textes de lois ont été mis en œuvre dans la protection des droits des femmes et des minorités ?

Aujourd’hui dans le monde, des millions de femmes et de lesbiennes, gays, bisexuel.le.s, transgenres et intersexes (LGBTI) subissent des discriminations dans l’exercice de leurs droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux. 

C’est pour cela que de nombreux textes de lois ont été élaborés afin de protéger au mieux leurs droits. 

Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes

L’Assemblée générale des Nations unies adopte ce texte le 18 décembre 1979. Cette convention vise à promouvoir l’égalité des sexes dans tous les domaines. 

Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes

L’Assemblée générale des Nations unies adopte ce texte le 20 décembre 1993 dans la résolution 48/1041. Cette déclaration rappelle et reflète les mêmes droits et principes que la DUDH. Elle souligne “le besoin urgent d’application à toutes les femmes des droits et principes d’égalité, de sécurité, de liberté, d’intégrité et de dignité”. 

Déclaration de Beijing, la quatrième conférence mondiale pour les femmes

Elle s’est déroulée du 4 au 15 septembre 1995, à Pékin en Chine avec l’appui des Nations Unies. 

Les thèmes principaux abordés sont la promotion et l’autonomisation des femmes en matière de droits humains, les femmes et la pauvreté, les femmes et leur pouvoir décisionnel, les violences faites aux femmes et filles.

Résolution 1325 du Conseil de Sécurité du 31 octobre 2000

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies adopte cette résolution à l’unanimité le 31 octobre 2000 dans une séance concernant le droit des femmes, la paix et la sécurité.

Cette résolution porte sur la protection et le respect des droits des femmes lors d’un conflit armé international ou non. Elle encourage l’inclusion des femmes à tous les niveaux de prise de décisions en ce qui concerne la résolution des conflits et la promotion de la paix.

Convention relative au statut des réfugiés

Etablie en 1951 et ratifiée par 145 États parties, cette convention définit le terme « réfugié ». Elle énonce les droits des réfugiés ainsi que les obligations juridiques des États pour assurer leur protection.

Convention relative aux droits de l’enfant

Adoptée en 1989, elle cherche à protéger les droits des enfants. Notamment, elle rappelle les responsabilités des gouvernements en ce qui les concerne. 

Malheureusement, les droits des LGBTQA+ ne disposent pas de conventions internationales relatives à la protection de leurs droits, sauf sur le plan européen (Résolution du Parlement européen du 14 septembre 2021 sur les droits des personnes LGBTIQ dans l’Union européenne). 

Clara Pommereau


Notes

[1] GotQuestions.org/Français. Qu’est-ce que le relativisme culturel ?

Références juridiques

Déclaration universelle des droits de l’homme

Convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales

Ressources

Tout savoir quand on est victime d’une infraction en Belgique (procédure, droits violés, intervention…)

Tout savoir sur la procédure d’un dépôt de plainte relatif à la violation des droits de l’Homme

 

Pour aller plus loin

Podcast : “U” comme universalisme – Les mots de la science, 25 novembre 2021.

Podcast : FÉMINISME – Universalisme vs. Intersectionnalité –  Game of Hearth, 9 novembre 2020.

Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 1948

Amnesty International. (2023, 16 juin). LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME – Amnesty International

Amnesty International. (s. d.). Qu’est-ce que la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) ?

Nations Unies. (s. d.). L’histoire des Nations Unies | Nations Unies.

Lebreton, G. (2009). Critique de la Déclaration universelle des Droits de l’homme. Cahiers de la recherche sur les droits fondamentaux, 7, 17‑22.

OHCHR. (s. d.). Le HCDH, les droits des femmes et l’égalité des genres.

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