Abus / abuse
Souvent, on entend le mot « abus » pour parler de violences. Est-ce, pourtant, le terme adéquat ? Pourquoi utilise-t-on ce terme ?
Le pouvoir des mots
Les mots ont un pouvoir incroyable et ce n’est pas nouveau. Utiliser le bon terme lorsque l’on s’exprime permet de mieux se faire comprendre. Quand on veut transmettre une émotion, si l’on met le mot juste dessus, notre interlocuteur percevra mieux notre ressenti. C’est le cas dans de nombreuses situations.
Le terme « abus »
Certains mots sont pourtant utilisés dans de mauvais contextes. C’est parfois le cas du mot « abus ».
Ce mot, bien que si court, a beaucoup de pouvoir. Dans le milieu juridique, un « abus » désigne l’usage excessif d’un droit ayant eu pour conséquence l’atteinte aux droits d’autrui[1].
L’origine du mot « abus » vient du latin « abusus ». Cela signifie user à l’extrême d’un droit ou d’un usage. En d’autres mots, ilm s’agit d’aller trop loin dans un droit que l’on possède. On l’utilise par exemple dans des cas d’abus de confiance, d’abus d’autorité, etc.
L’abus sexuel, dans ce cas ?
Néanmoins, il n’est pas rare de voir le mot « abus » mal utilisé, et ce même en droit. Ainsi, on peut parfois lire « abus sexuel ». Sauf que cette association de mots n’a pas de sens.
L’abus sexuel impliquerait qu’une personne use à l’excès d’un droit sexuel qu’elle a déjà sur quelqu’un.e. Or, personne n’a de droit sur le corps d’autrui. Que l’on soit adulte, enfant, marié.e ou autre.
Cependant, on trouve cette association de termes assez fréquemment. C’est d’ailleurs le cas désormais dans le nouveau texte du Code pénal depuis la réforme de 2022.
Une traduction littérale ?
Alors, pourquoi est-ce que l’on utilise l’expression d’abus sexuel ?
La raison se cache probablement dans une traduction littérale du mot anglais « abuse ».
En anglais, « abuse » traduit l’intention de blesser une personne, que cela soit de manière physique, verbale ou autre[2]. Ce mot comprend également la non-assistance à personne en danger.
Il y a donc une situation d’« abuse » si l’on voit quelqu’un.e souffrir ou être maltraité.e mais que l’on n’agit pas[3].
D’après ce terme anglais, n’importe qui peut être touché.e par l’« abuse ». Ainsi, que l’on soit homme, femme, jeune, âgé.e, d’une classe sociale plus ou moins élevée, d’une origine quelconque, il est possible d’être victime d’« abuse »[4].
Des faux amis
Dans une période de mondialisation, il parait normal que certains mots d’une langue s’utilisent dans une autre. C’est le cas d’interview, de camping, de hamburger, etc.
Cependant, aucun glissement de sens n’existe pour ces mots-là. Par contre, ça l’est pour les « faux amis », c’est-à-dire les mots anglais avec un sens totalement différent en français.
C’est d’ailleurs l’un des pièges que l’on apprend dans les cours de langue.
On peut penser, par exemple à « a cave » qui signifie une grotte, ou encore « a figure » qui signifie un chiffre.
En l’occurrence, le même procédé se retrouve avec le mot anglais « abuse », qui n’a donc pas du tout la même signification qu’un « abus » en français.
Mais, ce glissement de sens si important montre qu’il faut être prudent.e avec les termes que l’on utilise. Cela illustre, en effet, qu’un mot peut parfois en cacher un autre si l’on ne fait pas assez attention.
Marie Darcis, mis à jour par Miriam Ben Jattou
Notes
[1] https://www.juritravail.com/informations-pratiques/lexique/Abus.html
[2] https://www.nhs.uk/conditions/social-care-and-support-guide/help-from-social-services-and-charities/abuse-and-neglect-vulnerable-adults/
[3] https://freedomtoteach.collins.co.uk/health-and-social-care-suspecting-abuse-in-vulnerable-adults/
[4]https://www.coventry.gov.uk/info/233/coventry_safeguarding_adults_board/3260/abuse_and_neglect_of_adults_with_care_and_support_needs/2