Bisexualité
La notion de bisexualité vise le fait de ressentir de l’attirance sexuelle ou amoureuse pour deux sexes/genres ou plus.
Cette attirance peut concerner des femmes, des hommes, des personnes non binaires ou autres.
Elle peut être sexuelle, romantique ou encore les deux.
De plus, elle varie selon les personnes, les périodes de la vie ou les rencontres.
Cela ne rend pas la bisexualité moins réelle pour autant.
Une orientation sexuelle à part entière
La bisexualité est une orientation sexuelle à part entière. Ce n’est pas une phase, ni une hésitation et encore moins une transition entre l’hétérosexualité et l’homosexualité.
En réalité, une personne bisexuelle n’est pas à moitié hétéro et à moitié homo. Elle est bi. Purement et simplement.
Dès lors, elle n’a pas besoin de choisir un « camp ».
Elle n’a pas besoin de prouver son orientation.
Elle n’a pas non plus besoin d’avoir eu des relations avec plusieurs sexes/genres pour qu’on la croie.
Comme pour toute orientation sexuelle, la personne concernée reste la mieux placée pour dire qui elle est.
L’attirance peut varier
La bisexualité ne signifie pas forcément ressentir la même attirance, avec la même intensité, pour tous les sexes/genres.
Une personne bi peut sentir davantage d’attirance pour certains sexes/genres que pour d’autres. Cela n’enlève rien à son orientation sexuelle pour autant.
De même, elle peut aussi ressentir des attirances différentes selon les dimensions de la relation.
Par exemple, une personne peut ressentir plus facilement une attirance amoureuse pour certains sexes/genres, et plus facilement une attirance sexuelle pour d’autres.
En outre, elle peut aussi vivre son orientation de manière stable ou plus fluide.
Et, encore une fois, cela ne la rend pas moins bisexuelle.
L’orientation sexuelle n’a pas besoin d’être mathématique pour être légitime.
La bisexualité ne dépend pas du couple actuel
Une erreur fréquente consiste à définir l’orientation sexuelle d’une personne à partir de son couple visible.
Par exemple, on considère souvent qu’une femme bi en couple avec un homme est, en réalité, hétéro. Pourtant, rien n’est plus faux.
En effet, son couple actuel ne fait pas disparaître son orientation. Il montre simplement avec qui elle entretient une relation à ce moment-là.
Cela a beaucoup d’importance, car beaucoup de personnes bi se sentent invisibilisées de cette manière.
On parle alors d’effacement bi.
Bisexualité, pansexualité et autres mots
Certaines personnes utilisent le mot bisexuelle. D’autres utilisent plutôt le mot pansexuelle. Et d’autres encore parlent volontiers d’omnisexualité, de non-monosexualité, de fluidité ou de queerness.
Evidemment, tout le monde n’utilise pas forcément ces mots de la même manière.
Par exemple, pour certaines personnes, la bisexualité vise uniquement l’attirance pour 2 sexes. Pour d’autres, la notion est bien plus large. Elle vise alors l’attirance pour plus d’un sexe/genre.
Par contre, pour les premières, souvent, l’attirance pour des genres, sans critère de sexe, se désigne plutôt par le terme pansexualité.
Le vocabulaire s’agrandit. Et ça peut faire peur. Cependant, les mots permettent de mieux communiquer. Comme ces mots recouvrent une importance diffrente d’une personne à l’autre, il vaut mieux, simplement, en parler.
Et surtout, la façon la plus simple de respecter les personnes consiste à accepter les mots que chaque personne utilise pour parler d’elle-même.
Les idées reçues sur la bisexualité
Malheureusement, la bisexualité fait l’objet de nombreux clichés.
Par exemple, on entend encore trop souvent que les personnes bisexuelles sont indécises, instables, infidèles, hypersexuelles ou incapables de s’engager.
Bien sûr, ces idées sont fausses, mais aussi blessantes.
Rétablissons quelques vérités. (Même si nous ne visons pas à toutes les rétablir ici.)
Tout d’abord, ressentir de l’attirance pour plusieurs sexes/genres n’implique pas une attirance pour tout le monde, sans distinction. Evidemment, les personnes bi ressentent une attirance variable d’une personne à l’autre. Et cela va même jusqu’au rejet. Comme toute personne humaine, finalement.
Ensuite, la bisexualité n’implique pas d’office l’envie de multiplier les relations. Ainsi, une personne bisexuelle peut être célibataire, en couple monogame, en relation non monogame consentie, mariée, séparée, parent, ou ne pas vouloir de relation. Comme toute personne humaine encore une fois.
Enfin, la bisexualité n’implique pas un penchant naturel vers l’infidélité. A nouveau, comme toute personne humaine, les personnes bi peuvent être infidèles comme elles peuvent ne pas l’être.
En réalité, l’orientation sexuelle ne dit pas grand chose d’une personne. Si ce n’est son orientation sexuelle elle-même.
Une orientation souvent invisibilisée
Bien souvent, on comprend mal la bisexualité dans les milieux hétérosexuels. Mais cela arrive aussi dans certains espaces LGBT+.
Par conséquent, les personnes bi se trouvent dans un entre-deux incortable. D’une part, elles peuvent se sentir « pas assez hétéro », surtout dans un monde hétérocentré. D’un autre, elles peuvent aussi se sentir « pas assez LGBT+ » dans certains espaces communautaires.
Elles peuvent alors avoir l’impression de devoir sans cesse prouver leur légitimité. Or, cette situation se révèle très fatigante.
Elle peut conduire à se taire, à cacher une partie de soi, ou à éviter certains espaces.
Pourtant, les personnes bisexuelles font pleinement partie des communautés LGBT+. Dès lors, elles n’ont pas à disparaître pour rassurer les autres.
Une lecture féministe
Au sein de Femmes de Droit, cette question nous traverse très souvent. En effet, plusieurs membres sont directement concernées par la bisexualité, la pansexualité ou d’autres formes de non-monosexualité.
Evidemment, cela ne nous autorise pas à parler au nom de toutes les personnes concernées. En revanche, cela renforce notre attention à leur visibilité, à leur dignité et à leurs droits.
Notre lecture féministe nous montre que la bisexualité dérange souvent parce qu’elle remet en cause des catégories très rigides.
Dans une société patriarcale, on présente encore souvent l’hétérosexualité comme la norme. Cette « normalité » se renforce d’ailleurs avec les mouvements anti-genres et masculinistes.
La société veille aussi à contrpoler et sexualiser le désir des femmes tout en le niant. (Ce dernier point est d’ailleurs fascinant. Mais, c’est un autre sujet).
Ainsi, les femmes bi peuvent être particulièrement exposées à l’hypersexualisation.
Dès lors, on traite parfois leur orientation comme un simple fantasme masculin. On peut alors leur dire que leur bisexualité est excitante. Qu’elle vise à attirer l’attention. Voire que ces femmes cherchent simplement à plaisir aux hommes.
Il s’agit, dans ce cas, d’une manière de ne pas prendre leur désir au sérieux.
À l’inverse, on enferme les hommes bi dans une autre forme de stéréotype. Par exemple, on leur dit qu’ils sont des homos qui ne s’assument pas. Comme si leur attirance pour des femmes ne comptait plus.
Ces réactions montrent que la bisexualité dérange les normes de genre. Ainsi, elle rappelle que le désir ne se laisse pas toujours enfermer dans des cases simples. Et c’est précisément pour cela qu’il faut la nommer et la respecter.
La bisexualité appartient à la vie privée
L’orientation sexuelle appartient à la vie privée.
C’est pourquoi personne n’a d’obligation à faire un coming out. Ni d’expliquer son parcours. Et encore moins de répondre à des questions intimes sur ses relations, ses désirs ou sa sexualité.
En revanche, une personne peut parler librement de sa bisexualité si elle le souhaite.
Mais on ne peut jamais la forcer à le faire.
Le respect commence aussi par là.
La loi protège la bisexualité
En Belgique, l’orientation sexuelle est un critère protégé.
Cela signifie qu’on ne peut pas discriminer une personne parce qu’elle est bisexuelle.
En effet, la loi du 10 mai 2007 tendant à lutter contre certaines formes de discrimination protège notamment contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle.
Cette protection peut concerner différents domaines, comme le travail, l’accès à certains services, le logement, les biens et services, ou encore certaines formes de harcèlement.
Selon cette loi (et selon la simple éthique), on ne peut pas traiter une personne bisexuelle de façon moins favorable en raison de son orientation sexuelle.
En effet, la biphobie ne constitue pas seulement une opinion blessante. Lorsqu’elle se traduit par des actes, des refus, du harcèlement ou des traitements défavorables, la loi la sanctionne. Au niveau pénal et civil.
Si la morale ne suffit pas, espérons que la loi puisse progtéger les personnes concernées.
Pour la version PDF de cet article, cliquez ici : 2026.06.09_Bisexualité
Références juridiques
- Loi du 10 mai 2007 tendant à lutter contre certaines formes de discrimination (souvent appelée « loi anti‑discrimination générale ») ;
- Loi du 10 mai 2007 visant à lutter contre la discrimination entre les femmes et les hommes (dite « loi genre ») ;
- Code pénal (dont les articles 249 et 310)
- Décret de la Communauté française du 12 décembre 2008 relatif à la lutte contre certaines formes de discrimination
- Décret et ordonnance conjoints de la Région de Bruxelles-Capitale, de la Commission communautaire commune et de la Commission communautaire française du 4 avril 2024 portant le Code bruxellois de l’égalité, de la non-discrimination et de la promotion de la diversité
- Directive 2006/54/CE du Parlement européen et du Conseil relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité des chances et de l’égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d’emploi et de travail (refonte)
- Directive 2000/78/CE du 27 novembre 2000 portant création d’un cadre général en faveur de l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail.
Pour aller plus loin
- La vie en queer
- 100 questions sans tabou : Et toutes les réponses pour se sentir bien dans sa life, Paris, Solar, 2024.
- Amblard, O., Hefez, S. et Lucymacaroni, C’est quoi la différence entre genre et sexe ? 70 questions d’ados sur l’identité, Montrouge, Bayard jeunesse, 2023.
- Achard, N., En finir avec les discriminations : prendre ses responsabilités et agir, Poche Marabout, Vanves, Marabout, 2022.
- Hennette-Vauchez, S., Pichard, M. et Roman, D., Genre et droit : ressources pédagogiques, Méthodes du droit, Paris, Dalloz, 2016.
- La contrainte à l’hétérosexualité et autres essais, Genève, Ed. Mamamélis, 2010.
- Lécuyer, Y., « La contribution du Conseil de l’Europe à la lutte contre les thérapies de conversion et les ténèbres de l’homophobie », in L’interdiction des « thérapies de conversion sexuelle », Bruxelles, Bruylant, 2025, pp. 201‑219.
- Wittig, M., La pensée straight, Paris, Editions Amsterdam, 2018.
- Roman, D., « Orientation sexuelle », in Genre et droit : ressources pédagogiques, Méthodes du droit, Paris, Dalloz, 2016, pp. 123‑139.
- Milan, B., « Personne ne choisit sa préférence sexuelle », in De vous à moi, Questions de société, Toulouse, Érès, 2020, pp. 35‑37 .