Biphobie

biphobie

La biphobie vise l’ensemble des discriminations, violences, préjugés et stéréotypes qui s’adressent aux personnes bisexuelles, pansexuelles, omnisexuelles ou, plus largement, aux personnes non-monosexuelles.

Pour clarifier, par « personne non-monosexuelle », on entend une personne attirée par plus d’un genre. Cela peut inclure les personnes bisexuelles, pansexuelles, omnisexuelles, queer ou les personnes qui ne souhaitent pas utiliser une étiquette précise.

La biphobie repose souvent sur l’idée qu’il n’existerait que deux orientations sexuelles possibles : l’hétérosexualité ou l’homosexualité.

Selon cette logique, une personne devrait forcément être attirée soit par les hommes, soit par les femmes. Elle ne pourrait pas se sentir attirée par plusieurs genres. Elle devrait « choisir », en quelque sorte.

C’est pourtant faux.

La bisexualité, la pansexualité et les orientations non-monosexuelles existent

Il existe différentes sortes de non-mono-sexualité.

On peut penser à la bisexualité. C’est généralement le fait d’être attiré.e par des personnes des deux sexes.

La pansexualité, de son côté, vise généralement le fait d’être attiré.e par des personnes, quel que soit leur genre ou leur sexe.

Parfois, on parle d’omnisexualité. Cela désigne généralement l’attirance pour plusieurs genres/sexes ou tous les genres/sexes, avec une possible conscience du genre de la personne.

Ces définitions peuvent évidemment varier selon les personnes. Mais, ce qui compte, c’est de respecter les mots que chacun.e utilise pour parler d’elle-même.

Une personne peut se dire bisexuelle. Une autre peut se dire pansexuelle ou encore queer, fluide, non-monosexuelle. Elle peut même ne pas vouloir se définir.

Contrairement aux idées reçues, la bisexualité n’est pas une mode. Il ne s’agit ni d’hésitation ni d’étapes avant de « devenir » hétérosexuel.le ou homosexuel.le.

L’effacement des personnes bi, pan et non-monosexuelles

Une forme très fréquente de biphobie consiste à nier l’existence de ces orientations. On parle parfois d’effacement bi.

Cela arrive, par exemple, lorsqu’on considère une personne bisexuelle comme homosexuelle dès qu’elle est en couple avec une personne du même sexe, c’est-à-dire en couple « homo ». Ou inversément, lorsqu’on la considère comme hétéro dès qu’elle est en couple avec une personne d’un autre sexe, c’est-à-dire dès qu’elle en couple « hétéro ».

Dans ce cas, on réduit alors son orientation à la relation visible du moment.

C’est une erreur. Car cela invisibilise la vraie orientation sexuelle de la personne.

En effet, son orientation sexuelle ne dépend pas de la personne avec qui elle est en couple à un moment donné.

Par exemple, une femme bi en couple avec un homme ne devient pas soudainement hétéro.

Il faut comprendre que l’orientation sexuelle ne se prouve pas par le couple. Elle appartient à la personne concernée.

Les stéréotypes biphobes

La biphobie se manifeste aussi par de nombreux stéréotypes.

Par exemple, on présente parfois les personnes bi, pan ou non-monosexuelles comme :

  • indécises ;

  • instables ;

  • immatures ;

  • incapables de choisir ;

  • hypersexuelles ;

  • infidèles ;

  • forcément attirées par tout le monde ;

  • incapables d’être monogames ;

  • en transition vers l’homosexualité ;

  • en recherche d’attention ;

  • pas vraiment LGBT+ ;

  • pas vraiment discriminées si elles sont en couple avec une personne d’un autre sexe.

Pourtant, ces clichés sont faux et violents.

En effet, ils réduisent les personnes à des fantasmes, à des peurs ou à des projections.

Sans oublier qu’ils entraînent des conséquences concrètes : suspicion dans le couple, difficulté à parler de son orientation, exclusion de certains espaces, invisibilisation dans les politiques publiques ou encore sentiment de ne jamais être pleinement reconnu.e.

Une discrimination qui peut venir de plusieurs côtés

La biphobie vient, bien souvent de plusieurs côtés. 

On pense généralement qu’en priorité, elle émane des personnes hétérosexuelles. 

Pourtant, elle peut aussi exister au sein des communautés LGBT+.

Certaines personnes bi se sentent ainsi rejetées des milieux homosexuels ou lesbiens, notamment lorsqu’elles sont en couple « hétéro ». On les accuse alors parfois de « profiter » du privilège hétérosexuel mais aussi de ne pas appartenir réellement à la communauté.

Or, cette exclusion est problématique.

Bien sûr, les expériences de discrimination ne sont pas identiques selon les situations. La société pourra percevoir une personne bi en couple « hétéro » comme vraiment hétérosexuelle dans certains contextes. Elle échappera donc à certaines formes de violences visibles. Et c’est vrai.

Mais cela n’annule pas son orientation sexuelle pour autant. Ni les discriminations qu’elle peut subir. Ou encore l’effacement dont elle fait l’objet.

Or, la biphobie fonctionne précisément parce qu’elle rend ces personnes invisibles.

La biphobie et le sexisme

La biphobie touche toutes les personnes non-monosexuelles. Mais elle ne les touche pas toutes de la même manière.

Les femmes bi subissent souvent une biphobie marquée par le sexisme. Sans surprise.

Elles peuvent être hypersexualisées. On peut traiter leur orientation comme un fantasme masculin. On peut même leur dire que leur bisexualité est « excitante », qu’elle existe pour le plaisir des hommes ou qu’elle ne compte pas vraiment si elle n’est pas centrée sur le désir masculin.

À l’inverse, les hommes bi peuvent être confrontés à l’idée qu’ils seraient « en réalité homosexuels », comme si leur attirance pour des femmes était automatiquement niée dès qu’ils expriment aussi une attirance pour des hommes.

Ces stéréotypes montrent que la biphobie est liée à une vision très rigide du genre, de la sexualité et des rôles sociaux.

Dans une société patriarcale, on nie souvent le désir des femmes. De même, on contrôle ou sexualise leur désir pour les hommes. A l’inverse, on enferme le désir des hommes dans une obligation de virilité hétéro.

Or, les personnes bi dérangent ces catégories. Elles montrent que les orientations sexuelles sont plus diverses que ce que le système veut bien reconnaître.

La biphobie et les autres discriminations

La biphobie peut aussi se croiser avec d’autres discriminations.

Une personne bi peut malheureusement subir en même temps du racisme, du sexisme, de la transphobie, du validisme, de la grossophobie, de la précarité ou des violences liées à sa religion, son origine ou sa situation administrative.

Ces discriminations ne s’additionnent pas purement et simplement. Elles se renforcent parfois.

Par exemple, une femme racisée bi peut être confrontée à la fois à des stéréotypes racistes et sexistes sur sa sexualité. 

Une analyse féministe et intersectionnelle doit donc éviter de parler des personnes bi comme si elles vivaient toutes la même réalité.

Les conséquences de la biphobie

La biphobie peut entraîner des conséquences importantes.

Par exemple, elle peut conduire à cacher son orientation sexuelle, y compris à ses proches, à son ou sa partenaire, à sa famille, à ses collègues ou à des professionnel.les de santé.

Elle peut aussi créer de la honte, de l’isolement, de la colère, de la fatigue ou un sentiment d’illégitimité.

De plus, elle peut compliquer l’accès aux soins, notamment lorsque les professionnel.les supposent automatiquement qu’une personne est hétéro selon le genre de son ou sa partenaire.

Elle peut enfin avoir des conséquences dans les relations intimes. En effet, on suspectera parfois plus facilement une personne bi d’infidélité. Dès lors, elle risquera davantage de subir des contrôles ou des injonctions à prouver qu’elle est « vraiment » engagée dans sa relation.

La biphobie est une discrimination

En Belgique, l’orientation sexuelle est un critère protégé par la loi.

Cela signifie qu’on ne peut pas discriminer une personne parce qu’elle est homosexuelle, hétérosexuelle, bisexuelle, pansexuelle ou parce qu’elle a une autre orientation sexuelle.

La discrimination peut prendre différentes formes : refus de service, harcèlement, insultes, traitement défavorable au travail, exclusion, propos haineux, violences ou absence de prise en compte sérieuse d’une situation.

La biphobie n’est donc pas seulement une question d’opinion.

Lorsqu’elle se traduit par des actes, des propos ou des traitements défavorables, elle peut aussi avoir des conséquences juridiques.

Comment éviter la biphobie ?

Pour éviter la biphobie, il faut d’abord reconnaître l’existence des personnes bi.

Cela implique notamment de ne pas supposer l’orientation sexuelle d’une personne à partir de son couple actuel.

Cela implique aussi de ne pas demander à une personne de choisir, de prouver son orientation ou de raconter sa vie sexuelle pour être crue.

On peut simplement respecter les mots qu’elle utilise.

On peut aussi éviter les blagues sur l’infidélité, l’indécision, la prétendue phase ou l’hypersexualité.

Enfin, dans les milieux féministes et LGBT+, il est important de rendre les personnes bi visibles, sans les réduire à une parenthèse.

Les nommer, c’est déjà lutter contre leur effacement.

Miriam Ben Jattou

Pour la version PDF de cet article, cliquez ici : 2026.06.09_Biphobie

Références juridiques

  • Loi du 10 mai 2007 tendant à lutter contre certaines formes de discrimination (souvent appelée « loi anti‑discrimination générale ») ; 
  • Loi du 10 mai 2007 visant à lutter contre la discrimination entre les femmes et les hommes (dite « loi genre ») ;
  • Code pénal (dont les articles 249 et 310) 
  • Décret de la Communauté française du 12 décembre 2008 relatif à la lutte contre certaines formes de discrimination
  • Décret et ordonnance conjoints de la Région de Bruxelles-Capitale, de la Commission communautaire commune et de la Commission communautaire française du 4 avril 2024 portant le Code bruxellois de l’égalité, de la non-discrimination et de la promotion de la diversité
  • Directive 2006/54/CE du Parlement européen et du Conseil relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité des chances et de l’égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d’emploi et de travail (refonte)
  • Directive 2000/78/CE du 27 novembre 2000 portant création d’un cadre général en faveur de l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail

Pour aller plus loin

  • 100 questions sans tabou : Et toutes les réponses pour se sentir bien dans sa life, Paris, Solar, 2024.
  • Amblard, O., Hefez, S. et Lucymacaroni, C’est quoi la différence entre genre et sexe ? 70 questions d’ados sur l’identité, Montrouge, Bayard jeunesse, 2023.
  • Achard, N., En finir avec les discriminations : prendre ses responsabilités et agir, Poche Marabout, Vanves, Marabout, 2022.
  • Hennette-Vauchez, S., Pichard, M. et Roman, D., Genre et droit : ressources pédagogiques, Méthodes du droit, Paris, Dalloz, 2016.
  • La contrainte à l’hétérosexualité et autres essais, Genève, Ed. Mamamélis, 2010.
  • Lécuyer, Y., « La contribution du Conseil de l’Europe à la lutte contre les thérapies de conversion et les ténèbres de l’homophobie », in L’interdiction des « thérapies de conversion sexuelle », Bruxelles, Bruylant, 2025, pp. 201‑219.
  • Wittig, M., La pensée straight, Paris, Editions Amsterdam, 2018.
  • Roman, D., « Orientation sexuelle », in Genre et droit : ressources pédagogiques, Méthodes du droit, Paris, Dalloz, 2016, pp. 123‑139.
 
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