La victimisation secondaire
Qu’est-ce que c’est ?
La victimisation secondaire fait référence à un phénomène reconnu par la Cour Européenne des Droits de l’Homme que subissent les femmes qui ont souffert au cours de leur procédure juridique. Il s’agit en particulier du fait d’être victime des autorités publiques sensées ou professionnel-les sensés nous protéger, et ce, après avoir été victime d’une infraction sexuelle ou sexiste.
Tandis que la victimisation primaire vise l’acte de violence en lui même, la victimisation secondaire se produit lorsque la victime est confrontée à des réactions inadaptées et aggravantes de sa situation.
Le droit à la réparation
Lorsque les victimes s’expriment, les retours négatifs qu’elles reçoivent non seulement de leurs proches mais aussi des forces de l’ordre contribuent à leur détresse. Cette double violence peut avoir des effets dévastateurs et favorise notamment l’apparition d’un Trouble du Stress Post Traumatique1.
C’est pour cette raison que dans le cadre de la Convention d’Istanbul2, la personne qui a subi une victimisation secondaire a droit à une réparation.
Article 29 Convention d’Istanbul : « Conformément aux principes généraux du droit international, les Parties prennent les mesures législatives ou autres nécessaires pour fournir aux victimes des réparations civiles adéquates à l’encontre des autorités étatiques ayant manqué à leur devoir de prendre des mesures de prévention ou de protection nécessaires dans la limite de leurs pouvoirs »
Bien que nous n’ayons pas encore de cas en Belgique, nous avons eu un précédent en France où un avocat de la défense a eu des propos humiliants pendant les audiences. Le juge a reconnu que cette attitude de l’avocat a aggravé l’infraction initiale. Le juge a donc condamné l’auteur des violences sexuelles à payer 1000€ supplémentaire pour l’aggravation subie.
L’importance de la réparation
Une étude a révélé que même sans aboutissement judiciaire de leurs plaintes, les femmes victimes de violences sexuelles ressentent un sentiment de reconnaissance et de réparation si lors de leur entretien avec les policiers elles sont accompagnées, écoutées avec empathie et soutenues.
Il est donc important de retenir que ce n’est jamais la faute de la victime et que sa parole ne doit pas être remise en question.
Comment est-ce que ça se présente ?
Voici quelques exemples :
La banalisation
«Vous n’avez aucune preuve, ça va être difficile de vous croire. »
« Vous avez peut-être mal interprété le geste/ce n’était pas volontaire .»
La remise en question du consentement de la victime
« vous aviez bu, peut-être que vos souvenirs sont confus. »
« vous êtes sûre que vous n’avez pas simplement changé d’avis après l’acte ? »
La culpabilisation et l’inversion de la culpabilité
« pourquoi ne pas s’être débattu ? »
« pourquoi être resté avec votre agresseur ? »
Les préjugés sur l‘apparence et le comportement
« qu’est-ce que vous portiez ce jour-là »
« Est-ce une tenue compatible avec une personne qui aurait été surprise des intentions de son compagnon ? Absolument pas. C’est pourtant la scène que la partie civile décrit. »
La négligence judiciaire
« On a refusé de prendre ma plainte car on ne croyait pas qu’un père aurait pu faire une chose pareille. »
« Malgré mes nombreux rappels, ma plainte pour viol n’a jamais été envoyée au parquet. Elle est restée sur le bureau de l’inspectrice. »
Le manque d’empathie et le mépris
→ comportement rabaissant ou condescendant.
→ propos stéréotypés ou sexistes
→ durée excessive de l’enquête
L’exposition non nécessaire à l’auteur.e
Certaines victimes sont contraintes de confronter leur agresseur lors des interrogatoires ou des audiences. Ces évènements rendent le parcours judiciaires d’autant plus violent émotionnellement.
Vous vous reconnaissez ?
Voici quelques points de contact :
CPVS (Centres de Prise en charge des Victimes de Violences Sexuelles) : offrent des soins multidisciplinaires aux victimes de violences sexuelles et des conseils aux personnes de soutien. Tous les soins sont proposés en un seul lieu par une équipe spécialement formée à cet effet. Pour les contacter : 02 535 45 42 (pour celui de Bruxelles).
Cellules EVA (Emergency Victim Assistance) des zones de police de Bruxelles : service de police spécialisé qui est spécifiquement orienté « victimes ». Elle est composée de 8 policiers spécialisés dans la prise en charge des victimes, principalement d’agressions sexuelles et/ou intrafamiliales. Pour les contacter : 02 279 75 39
Lawyers Victims Assistance (LVA) au Barreau de Bruxelles : permanences juridiques gratuites pour les victimes de violences sexuelles et intrafamiliales avec des avocat.e.s formé.e.s à encadrer correctement les victimes. Prise de contact avec la victime dans les 48h suivant la demande.
→ LVA@barreaudebruxelles.be / LVA@baliebrussel.be
→ 0478 115 488
Agnès Mfoumou
Notes en bas de page
Ressources
A venir
Références juridiques
Loi
Bibliographie
- Gauthier, J., & Guenot, M. (2025). Solliciter les forces de l’ordre, évolutions et inégalités relatives à l’accès au service policier.
- Michot, P. (2026, 4 juin). Victimisation secondaire : comprendre ses impacts sur les victimes.
- Fem and Law, La victimisation secondaire (2025)
- Seckel, H. (2025, May 14). La défense de Gérard Depardieu à l’audience a généré une souffrance supplémentaire chez les plaignantes, selon le tribunal. Le Monde.fr.
- Victimisation secondaire. (s. d.). European Institute For Gender Equality.
- Marguénaud. (s. d.). La consécration européenne de la notion de victimisation secondaire. Dans Dalloz.
- La Rédaction.(2025, 16 mai). Procès de Gérard Depardieu : l’acteur condamné à dix-huit mois d’emprisonnement. Le Club des Juristes.
Quelques jurisprudences
- CEDH, J.L c/ Italie, 27 mai 2021, n° 5671/16
- CEDH, Y. c/ Slovénie, 28 mai 2015, n° 41107/10
Ressources vidéos
- Lucie Cormons, Victimisation secondaire. Tous concerné.es.